Excellence Monsieur le Président de la République, aujourd’hui nous sommes à l’aube du mois de novembre, le mois de transition climatique, de changement saisonnier, d’innovation cosmique et même spirituel. C’est aussi un mois et une date mémorielle, voire historique pour notre terre et mère patrie. En effet, en 1982 au sixième jour de ce mois vous accédiez à la magistrature suprême de l’État en application de la constitution, et du désir de son Excellence feu Hamadou Ahidjo, (paix et quiétude à son âme), soucieux du devenir de la nation, de voir le destin des siens remis entre de bonnes mains. Il rêvait du patriotisme, de l’amour et d’un Cameroun qui s’épanouit du chant de la colombe sur les quatre horizons de son trigone national, chose à laquelle vous rattachiez jadis vos idéaux. C’est l’occasion pour moi de vous souhaiter un heureux anniversaire de votre accession à la tête de notre très resplendissante et admirable République.

Que c’est fou ! Le temps passe, mais les choses ne changent pas. Le temps est une lampe éclose sous les pas de nos nuits. Trente-huit (38) ans se sont écoulés comme la mer et le naufrage, et nous voici en marche vers le 39e, en attendant l’avènement éventuel du mandat marquant l’aube du 44e. C’est un record à nul autre pareil, témoignage inconditionnel et incontestable de la malice, de l’expertise et de l’expérience jamais égalée de sa Majesté votre Excellence.

Vous avez toujours été séduit par le fauteuil présidentiel, non pas pour le pouvoir, ni même pour ses gloires vaniteuses, mais surtout pour votre attachement à la patrie, et votre souci de son essor, il n’y a doutes. Vous vouliez et espériez toujours, renouer avec les idéaux que vous promîtes au peuple camerounais, et tenir aux engagements faits au Président feu Hamadou Ahidjo, qui aujourd’hui sommeille dans le caveau de son lit mortuaire.

Je sais Excellence, que tenir à succès un pays en proie à la convoitise, tel que le nôtre, est souvent assimilé à la lourde tâche d’élever vers la canopée, les eaux du Cocyte ou de la mer mérinienne. J’imagine comment il est difficile de tenir entre les creux de ses mains nues le triste destin d’une nation, et comment elle est lourde à porter, cette tâche pour laquelle l’on a toujours des devoirs et des comptes à rendre à ceux-là que l’on conduit vers le lointain horizon. Aussi sais-je ce que ça représente, d’essuyer en longueur des jours, des critiques plutôt que des propositions concrètes et passibles de l’esprit du patriotisme. Je ne suis pas à mesure de comprendre ce que représente réellement ce fardeau, mais je peux au moins imaginer comment le poids de cette si lourde tâche qui vous hante de jour, et vous fait souffrir de nuit, vous qui êtes sans doute au soir de votre essence. Au-delà des préjugés, vous avez prouvé pendant 38 ans ce que vous valiez réellement .

Je vous salue Excellence, par la réforme constitutionnelle, et la politique en marche vers les expansions. Je vous salue par la liberté, la démocratie qui s’essaie à bourgeonner de ses rejets. Je vous salue par les écoles, les établissements sanitaires, le silence de la Sanaga et le grondement du Wouri. Je vous salue des massifs en or des entrailles de nos flancs, des finances, de l’économie et du fer de lance de la nation.

Aujourd’hui, votre peuple a plus que jamais besoin de votre intervention divinatoire, mais hélas ! Vous semblez rester dans la profondeur mélancolique du silence. Sa Majesté aurait-elle perdu sa vigueur d’antan, pour s’évanouir dans l’indifférence aux cris et aux pleurs de ses compatriotes, depuis quelques années rongées par des guerres fratricides ? Sa Majesté aurait-elle renoncé à l’espérance et au flambeau pour lequel elle fit de la jeunesse, le fer de lance de la nation ? Vous rêviez de l’émergence par la volonté de faire d’une population jeune, et ne clignez point le regard. Quand est-ce que cela a-t-il réellement changé ? Quand avez-vous renoncé à vos idéaux ? Vous qui attendiez tant de cette jeunesse pour en fin parvenir à l’accomplissement des grandes réalisations changées en grandes opportunités, où êtes-vous au moment où cette jeunesse succombe comme des oiseaux de proie sur les chemins de l’alphabet ? Qu’adviendra-t-il de notre nation et de l’émergence annoncée à l’horizon 2035, lorsque son fer de lance sera complètement décimé sous votre regard indifférent et belliqueux ?

Combien de nos compatriotes sont tombés sur les coups de la guerre qui perdure dans le NOSO ?

Je ne sais, Ô Excellence, quelles contraintes pèsent sur vous. Il est vrai qu’au-delà de nos désirs et convictions profonds, nous incombe toujours la rhétorique de notre capacité à pouvoir les réaliser ; je ne peux mesurer l’ampleur de celles qui entravent votre avancée, ou qui vous maintien au sommet de l’Etat, vous qui avez frôlé le crépuscule, mais je continue à croire…. Je garde en moi la même espérance et la conviction qui anime les lignes de CHEMINS ÉTOILÉS, que du haut de votre magistère, vous détenez le mot de la fin et de la faim; et que vous détenez aussi le mot de la trêve et du renouveau.

Au moment où le temps va grand train vers la date annoncée depuis une décennie, la jeunesse désespérée par le marché de l’emploi, sombre de plus en plus à la délinquance, au vol, au viol, à la toxicomanie, à l’émigration clandestine et bien d’autres turpitudes. Combien de nos compatriotes sont tombé sur les coups de la guerre qui perdure dans le NOSO ? Combien sont morts en mer, dans les camps de réfugiés, et sur la route assis sur ses caniveaux dans l’attente des fonds publics changés en fonds de construction des institutions commerciales privées, des demeures luxueuses, et de ceux-là soufrant confortablement dans un grenier des mésations du sordaria ? Où êtes-vous passé lorsque nos jeunes filles se livrent à la sexualité précoce pour des fins financières ?

Il est vrai que le silence présidentiel a toujours été là compagne phare de sa Majesté son excellence, et la réponse taraudante aux desseins maléfiques et gloutons de ses détracteurs. Il est vrai que son Excellence depuis son accession au sommet de la magistrature ne s’est présenté que très peu à son peuple, habitué à le contempler de dos comme un enfant dans l’attente vaine des caresses de son père, parti depuis l’aube; mais le temps endurcit les mémoires, et l’on s’y habitue. Aujourd’hui encore, ne pensez-vous pas, que le petit garçon candide d’hier n’est plus à l’âge des trompettes et des discrétions, et qu’il est désormais temps de le regarder dans les yeux et de l’affronter d’homme à homme ? Votre silence est devenu tellement agaçant.

Les jeunes convaincus que l’école n’a plus aucun débouché à l’emploi et, à moins d’être le frère éloigné du cousin de l’épouse chère de tel gouverneur, de tel ministre ou de tel Directeur Général, se livrent à l’oisiveté, à l’alcoolisme, à la légèreté des mœurs, au voyoutisme et à la copulation clandestine, en attendant l’accomplissement des grandes réalisations, et l’avènement du déclin d’un système de monnaie perpétré et soigneusement transmit de génération en génération par ceux-là que vous avez vous-même nommé. L’écart et l’extravagance sont devenus l’unique consolation de cette jeunesse reléguée aux oubliettes et en proie au désespoir.

Sommeil, sommeil, le Silence présidentiel belliqueux nous mène à l’incertitude d’un lendemain meilleur! Tam-tam, chante le Levant ! Passez le flambeau au fer de lance ; ou réveillez-vous de votre sommeil Royal et prenez vos responsabilités. Révélez-nous les Secrets d’autres tombes, consolez, consolez cette nation en proie à l’extermination ; consolez cette jeunesse en proie à la perdition.

Boris KIAMPI


Boris KIAMPI est un poète camerounais. Son livre Chemins étoilés, paru chez Ifrikiya à Yaoundé vient d’être réédité chez Edimid. Boris Kiampi, prépare une Licence en Microbiologie à l’Université de Yaoundé 1.

 

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