Le 1er juin dernier, le public découvrait sur le podcast de Radio France Internationale, Dianké, une radio-série écrite par le romancier et orateur franco-sénégalais Insa Sané. Dianké, c’est l’histoire éponyme d’une jeune sénégalaise de 26 ans, révoltée contre le poids de la corruption et de la mauvaise gouvernance dans son pays, et qui décide de faire bouger les lignes en se présentant aux élections municipales dans sa commune d’origine, et contre son frère aîné ! L’auteur revient sur la production de cette œuvre pour le moins innovante, et sa vision de ce nouveau champ en Afrique.

M. Insa Sané, comment vous vient l’idée de créer Dianké ?

Il y a un an et demi, j’ai été contacté par Romain missionné par l’ONG RAES. Il s’agissait de travailler sur une série autour la citoyenneté, du féminisme et de la corruption. J’en ai été honoré. Seulement, il était important pour moi, d’éviter de tomber dans l’écueil d’un texte sociologique ou politique. Je voulais en m’appuyant sur la réalité de notre monde, créer une fiction qui puisse être d’abord être accessible par le plus grand nombre en plus de lancer des débats sur ces dites-thématiques.

On écrit une radio-série comme on écrit un roman ?

J’ai écrit cette Série avec ma singularité : je suis écrivain, comédien, chanteur et scénariste. Il fallait que l’on reconnaisse ma pâte et mon désir quotidien de ne pas suivre les sentiers battus. Aussi, avec le soutien de Ka’B, un chanteur, compositeur hors-pair, on a veillé à faire en sorte que la musique soit un personnage à part entière dans la série. Et les compositions de Ka’B donnent le rythme et accompagne la poésie du texte qui peut s’apparenter à l’univers du roman. Seulement, quand on écrit une série radiophonique, il faut travailler avec les oreilles. Alors, l’écriture doit restituer les sonorités des scènes que l’on déroule. Il faut aussi rappeler que c’est un travail d’équipe : Alexandre Plank et Tidiane Thiang à la réalisation ; Mariannick Bellot en directrice de rédaction et bien entendu Ka’B à la composition.

‘‘nous tentons de créer un nouveau format qui fédère la musique, la littérature, la radio et que l’on a intitulé MovieBook.’’

S’il fallait choisir, vous situeriez plus votre œuvre dans le registre du livre audio ou celui du film ?

En vérité, depuis trois ans, avec Ka’B, nous tentons de créer un nouveau format qui fédère la musique, la littérature, la radio et que l’on a intitulé MovieBook. Dianké est un prolongement de notre vision. MovieBook, c’est du cinéma sans les images.

Slams, proverbes, chants…l’oralité occupe une place prépondérante dans votre production. La rédaction a-t-elle été aisée, puisque l’histoire se déroule en Afrique ?

Les réalisateurs et Romain Masson, m’ont choisi pour ma capacité à écrire des textes qui portent l’oralité. Changez les noms et les décors et vous verrez que cette histoire aurait pu se dérouler n’importe où dans le monde. S’agissant des proverbes, je suis depuis gamin féru de citations, c’est inscrit dans mon ADN. Le chant est ma marque de fabrique que j’impose jusque dans mes romans.

Dans cette épopée, le rôle-titre Dianké est en lutte contre des forces familiales et sociales, est-elle la Soundjata féminine ?

Elle est bien plus. Elle est la mère de Soundjata. Une reine dans l’ombre qui réforme son univers avec ses armes. C’est une femme de conviction, intègre.

On note depuis quelques années la montée en puissance des livres-audios, pensez-vous que la radio-série est la nouvelle voie de la littérature africaine ?

J’espère que MovieBook sera la forme nouvelle de la radio-série et du livre audio, parce que par sa structure, il permet de démocratiser un peu plus le livre (trop cher pour certaines populations, trop sanctuarisé pour d’autres…), la radio (parfois trop formaté pour être intelligible par tous…), la musique (trop repliée sur elle et sans cesse effrayée par les nouveaux marchés qu’elles peine à voir comme des opportunités).

Merci de vous être prêté à ces échanges !

Merci à vous Michel. Et j’espère que la série sera bien accueillie.

Propos recueillis par Michel Dongmo Evina

Dianké est disponible à l’adresse www.rfi.fr/podcasts

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