Kapano Matlwa est une femme de lettres sud-africaine née en 1985. Elle est de la génération born free c’est-à-dire née après l’Apartheid ; elle s’inspire d’ailleurs de ce statut pour dire les nouvelles réalités de son pays. Cette auteure se compte parmi les jeunes voix les plus originales de sa génération ; son premier roman, Coconut, a remporté  le prix Wole Soyinka en 2010. Dans son récent roman, Règles Douloureuses, (présélectionné au Prix LES AFRIQUES) 2019, elle nous plonge de nouveau dans l’univers sud-africain, en montrant à travers les yeux de son héroïne Masechaba, les zones sombres de sa société, mais aussi, la beauté d’une grande civilisation.

Règles Douloureuses, de sa traduction en anglais Period Pain, est l’histoire d’une vie, d’une femme Masechaba qui par ses maux s’identifie à toute femme. Pendant des années, elle a souffert de douleurs chroniques liées à l’endométriose ; cette douleur va forger son caractère et activer son désir de devenir médecin. Le roman trace le train quotidien de l’héroïne dans les couloirs d’un hôpital entre ‘sauver des vies et en perdre d’autres’ … Masecgaba marche avec son amie Zimbabwéenne, Nyasha. Construit  comme un journal intime, le roman fait un clin d’œil à l’oppression de la femme.  Le récit se déroule dans la tête de Masechaba, le lecteur se voit ainsi doté du pouvoir de lire dans les pensées de l’héroïne: elle nous fait part de ses tourments, de ses doutes, de ses sentiments et de ses peurs.

Règles Douloureuses est aussi la métaphore des périodes de douleur que traverse la société sud-africaine au lendemain de l’Apartheid. À travers son récit, Kapano Matlwa éclaire les zones sombres de sa société accusée de racisme, de xénophobie, d’injustice… Elle n’hésite  pas à mettre à nu les atrocités infligées à la peau ébène :

Trois jeunes somaliennes avaient en plus été lapidé à mort et de nombreuses familles avaient dû fuir les maisons. Ils (médias) ont montré une femme passée à tabac par la foule, en pleure devant sa boutique en cendres.

Pour aborder ce thème de xénophobie, l’auteure fait un choix original des personnages principaux, deux races, deux idéologies qui caractérisent la société sud-africaine. L’héroïne est contre le racisme, elle le fait clairement savoir

la façon donc notre pays les traite me met très mal à l’aise’

Ainsi, pour montrer son dégout à ce mal, elle mènera une pétition afin de dénoncer cette injustice. Ce roman aborde également le thème de la foi. En effet, le roman dans son entier est parsemé de passages et récits bibliques. Plusieurs questions sont émises à Dieu face à toute cette injustice infligée à la peau noire. L’auteure choisit une héroïne chrétienne, et comme tout chrétien qui craint Dieu et garde ses principes, elle sera mise à l’épreuve à l’instar du personnage biblique Job qu’elle cite d’ailleurs dans son roman.

Masechaba est victime d’un viol correctif conséquence de sa pétition juste. Face à cette épreuve, elle remettra en doute l’existence d’un Dieu qui reste si silencieux et sourd face aux cris de ses enfants ; avec beaucoup de mal, elle se reprendra vite en main :

Je suis qu’un viol sud-africain de plus dans les statistiques. Mon histoire n’a rien d’exceptionnelle (…) Que je sois hautement diplômée, que j’ai lancé une pétition relayée par la presse, rien de tout ça n’a d’importance. J’ai un vagin c’est ce qui importe’. La condition de la femme par ces mots est mise en exergue.

La phase d’acceptabilité se fait assez rapidement. Elle assume son statut de violée et son endométriose. Bénit par sa fille Mpho, née du viol, qui symbolise un nouveau départ et peut-être la concrétisation d’une société arc-en-ciel, société faite de mélange et de tolérance, société qui pourra transformer son passé douloureux en quelque chose qui donne envie de se lever le matin et de se battre.

La plume de l’auteure est crue, saisissante. L’écrivaine aborde des réalités perçues comme tabous par la société. Riche de ses analepses, le roman est aussi une superposition de textes :  versets et récits bibliques, mails, journaux…

Il faut dire que en plus de pratiquer les lettres, Kopano Matlwa est médecin, elle ne se prive d’ailleurs pas à employer le vocabulaire de son domaine dans le roman. Une écrivaine prometteuse à découvrir !

 

Sidonie Bayiha

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