Martin Dossou Gbenouga, dans cette essai intitulé Ecrire et publier au Togo : Questionnement autour de la production littéraire locale, livre de manière concise un panorama de la littérature togolaise.  Celle-ci, malgré ses avancées notables, reste un champ  qui souffre, dans l’âme, de  l’absence de reconnaissance tant par les pouvoirs public que pars le circuit scientifiques de valorisation.

Naissance d’une littéraire éwé

Cet essai nous nous dévoile non seulement les difficultés structurelles dans la chaîne  de production du livre au Togo, mais aussi  les diverses productions ayant dessiné les voies de cette littérature. A la genèse, se trouve l’initiative coloniale portée par les Allemands qui, de par leur politique culturelle souple, vont favoriser la naissance d’une littérature : c’est la littérature éwé (fin 19ième siècle). Celle-ci se caractérise par  son écriture en langue éwé et par l’anonymat porté par la plus part de ses auteurs. Après la première guerre mondiale et l’avènement du mandat Français, la promotion de la littérature dite togolaise va connaitre un « détournement de la politique culturelle initié par les Allemands » au profit de la politique assimilationniste française. Pourtant les années 1980 et 1990 vont consacrer une réelle éclosion de la littérature togolaise avec des productions littéraires dans tous les genres et des auteurs de renom.

Une littérature étouffée        

Au Togo, être écrivain c’est se confronter avec amertume à la difficulté de la publication et l’écoulement des œuvres littéraires qui, souvent, sont un vrai parcours du soldat solitaire. L’absence d’une politique nationale d’édition, de protection de la propriété intellectuelle et de circuit de promotion et de valorisation des œuvres littéraires font de l’écriture au Togo une vraie gageure voire un champ des incertitudes pour les auteur(e)s et les éditeurs. Se lancer dans le monde de l’écriture et du livre « relève d’un parcours de combattant ». Cela a pour effet de rendre invisible la littérature locale pourtant riche.

L’État est le grand absent dans la promotion de la littérature togolaise :

depuis les indépendances, le Togo n’a jamais eu à affirmer sa souveraineté dans la reconnaissance du travail fait par les auteurs togolais

Malgré ses tentatives d’encadrement et de protection des œuvres produites, fort est de constater que la contrefaçon est la goutte d’eau de trop dans une chaine du livre déjà défavorable pour les acteurs directs de la production et de la diffusion des œuvres.

Au-delà de ce délaissassent étatique, Martin Dossou constate aussi avec amertume l’absence de la valorisation des productions littéraires par la critique tant au niveau universitaire qu’au niveau médiatique. Il en résulte une faible reconnaissance de la production littéraire locale. En tant que voies de consécration ou de rejet des œuvres littéraires, la critique ou mieux, la réception universitaire des œuvres publiées constituent l’arsenal de valorisation, de promotion et de vulgarisation de celles-ci. Pourtant au Togo le constat est clair :

Au Togo, il convient de faire remarquer que cette espèce de la promotion que la critique littéraire aurait dû assurer est presque inexistante ou du moins très faible. De façon générale, on peut relever un désintérêt de la part des universitaire eux-mêmes

Malgré ses faiblesses, la littérature Togolaise a su s’inventer et se réinventer au fil des décennies ; en témoigne sa présence quoique timide, dans l’espace culturel et littéraire africaine et dans la diaspora. La  création d’un prix national en est l’exemple manifeste (prix Eyadema en 1979). Que devient le Prix Eyadema aujourd’hui, telles sont les questions qu’ils convient de se poser pour envisager un avenir radieux à cette littérature donc dont parle, ici, Martin Dossou Gbenouga, dans son bref essai paru chez Awoudy.

 

Martin Dossou Gbenouga

Ecrire et Publier au Togo :

 Questionnements autour de la production littéraire locale

                   Éditions Awoudy, 2015

                                     83 pages

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