Portrait d’un rêveur actif : Fleury Benjamin Ngamele !

FIIAA. Nsimeyong. Quartier historique de Yaoundé. « Il faut prendre l’allée après la station. Ou, plutôt. Regarde en haut. Tu as vu une plaque qui indique le Temple des Témoins de Jéhovah ? Suis l’entrée. Tu verras une descente à ta gauche. Une deuxième, prends la deuxième. Le FIIAA est juste devant. » Il range une chaise. Recule d’un pas. Range une autre, sur l’estrade. Recule encore d’un pas. Monte sur la chaise rangée sur l’estrade, ajuste une ampoule colorée sur la scène. Le spectacle commence à 20 heures. Depuis onze heures, Fleury Benjamin Ngamele range. Dérange. Demande un avis. Raconte le dernier spectacle organisé par l’espace culturel FIIAA dont il est le Directeur artistique depuis deux ans. Il avale une gorgée, repose sa bière sur la scène et accueille ses invités…

Fleury Ngamele, Promoteur du Festival Escales poétiques du Cameroun

« Je ne veux pas faire un truc classique, genre, les gens sont assis et ils regardent la scène. Tout ça (il désigne l’ensemble du FIIAA, avec ses jardins, le garage, les chambres d’accueil et le bar), c’est la scène ! Tout ça c’est la scène, je te dis ». Il explique à une petite équipe d’étudiants en Arts du Spectacle de l’Université de Yaoundé 1, l’urgence pour les artistes de briser les codes, de casser les barrières classiques de la mise en scène, d’innover la scénographie.

Aujourd’hui, il prépare un spectacle pour ouvrir la 8ème édition d’un festival de poésie et de scénographie qu’il porte seul, depuis 2012. Il explique aux jeunes, qui ouvriront ce festival par

un texte de Marcel Kemadjou Njanké, Quarante feuilles de l’amour, l’urgence de garder la voix au-dessus de la musique. Il prend le texte. Monte sur la scène, lit deux vers pendant que les musiciens jouent, pour montrer l’exemple. L’invité arrive. Il est 19heures 30 minutes. Fleury Ngamele descend de la scène. Accueille son hôte, range une nouvelle chaise. « Il faut placer les chaises au fur et à mesure que les gens viennent » explique-t-il. Il lance une blague pour installer ses hôtes.

Depuis plus de 15 ans, le poète partage la même passion avec des vagues successives d’écrivains, de poètes, de metteurs en scène, de slameurs et de promoteurs culturels. Les jeunes du CLIJEC lui doivent mille formations auxquelles il a répondu chaque fois avec la même bonne humeur, allant jusqu’à participer à leurs réunions internes. S’il a joué et dit des textes depuis toutes ces années, étonnons-nous d’une chose : Fleury Benjamin Ngamele n’a publié aucun livre. L’excellent travail poétique qu’il accomplit depuis l’adolescence n’a fait l’objet d’aucune publication. Et ce n’est pas son vœu le plus pressant.

Cette année, il organise la huitième édition d’un festival de poésie contemporaine nommé Escales Poétiques du Cameroun. Au programme, beaucoup de poésie, d’échanges, de visites et de découvertes. Fleury Ngamele est le portrait d’une génération de poètes qui a grandi dans La Ronde des Poètes du Cameroun, qui y a appris la passion et la détermination. Si ses compères se sont orientés dans le journalisme, la musique, l’humour, l’enseignement et dans d’autres champs proches de la poésie, Fleury Ngamele est resté solidaire aux mots. Dans un entretien réalisé par Clijec Mag en 2016, Fleury Ngamele dit écrire la poésie pour « l’orgasme des mots », une expression qu’il emprunte à Anne Cillon Perri, son aîné dans la lutte.

 

Raoul Djimeli

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